Accord de libre-échange avec la Malaisie : le retour d’un traité que l’on connaît déjà

Après l’Indonésie, la Malaisie. Demain, probablement le Vietnam.

Le 19 juin 2026, le Parlement suisse a approuvé l’accord de partenariat économique entre les États de l’AELE (dont la Suisse) et la Malaisie. Une alliance d’organisations environnementales a lancé un référendum contre cet accord, dénonçant notamment ses conséquences sur la déforestation et le travail forcé liés à l’huile de palme. [voir www.sauver-la-foret-tropicale.ch]

En dehors de ces organisations, le silence est presque total.

Pourtant, cet accord ne se limite pas à supprimer quelques droits de douane. Comme celui conclu avec l’Indonésie, il organise les règles qui encadreront les investissements, les marchés publics, les services, la propriété intellectuelle ou encore les normes commerciales entre les deux pays.

Ce qui frappe surtout, c’est qu’il ressemble presque trait pour trait à l’accord avec l’Indonésie. Et tout indique que le futur accord avec le Vietnam suivra la même logique.

La question n’est donc plus de savoir si cet accord est bon ou mauvais.

La question est de savoir combien d’accords de ce type la Suisse compte encore signer sans véritable débat démocratique.

Un accord qui profite avant tout à une économie exportatrice

Le Conseil fédéral présente cet accord comme une opportunité pour les entreprises suisses.
Ce n’est pas faux, mais c’est favorable uniquement à l’export, mais extrêmement dommageable pour la production suisse. Le dernier fabricant de cravates suisse vient de fermer.

Les secteurs qui devraient en tirer le plus grand bénéfice sont la pharmacie, la chimie, les machines ou encore les instruments de précision, qui bénéficieront d’un accès facilité au marché malaisien. Autrement dit, ce traité répond avant tout aux besoins d’une économie tournée vers l’exportation.

Mais il faut aussi se demander ce que cela signifie pour le pays partenaire.

Le libre-échange est souvent présenté comme une relation où tout le monde gagne.
Dans la réalité, les bénéfices dépendent du poids économique de chacun. Lorsque la Suisse exporte des médicaments brevetés ou des machines de haute technologie vers une économie émergente, elle n’échange pas avec un partenaire disposant des mêmes moyens industriels.

Les deux économies n’occupent tout simplement pas la même position.

Des investissements protégés… mais au bénéfice de qui ?

Comme l’accord avec l’Indonésie, le traité prévoit que les investisseurs étrangers bénéficient d’un traitement non discriminatoire. Concrètement, lorsqu’un secteur est ouvert par l’accord, une entreprise suisse ne peut pas être désavantagée par rapport à une entreprise malaisienne.

Sur le papier, ce principe paraît équitable. Mais il repose sur une idée discutable : considérer que toutes les entreprises arrivent avec les mêmes moyens. Or une multinationale suisse active dans la pharmacie, l’agroalimentaire ou l’industrie ne joue évidemment pas dans la même catégorie qu’une PME locale.

Le risque n’est donc pas qu’une entreprise suisse soit discriminée en Malaisie.

Le risque est plutôt que les autorités malaisiennes disposent de moins de marge de manœuvre pour soutenir leurs propres acteurs économiques si ceux-ci peinent à faire face à une concurrence internationale très capitalisée.

Le libre-échange ne supprime pas les rapports de force. Il leur donne un cadre juridique.

Produire pour répondre aux besoins locaux… ou produire pour exporter ?

Les défenseurs du libre-échange parlent volontiers de croissance. Ils parlent beaucoup moins des changements qu’il provoque dans l’organisation des économies.

Lorsqu’un pays ouvre davantage son marché, son agriculture s’oriente naturellement vers les productions les plus rentables à l’exportation et les secteurs de l’artisanat et de l’industrie délocalisent vers des pays à bas coût.

C’est exactement ce qui explique la place prise par l’huile de palme en Malaisie. Cette culture répond avant tout à une demande mondiale. Elle rapporte davantage que de nombreuses productions destinées au marché intérieur.

Le problème n’est donc pas uniquement environnemental. Il est aussi économique.

À force d’organiser les échanges autour des marchés internationaux, les accords de libre-échange poussent progressivement les pays à produire ce qui se vend le mieux à l’étranger plutôt que ce dont leur population a besoin.

Cette logique est aux antipodes de la gestion des ressources et de la souveraineté alimentaire. Elle transforme l’agriculture en secteur d’exportation avant d’en faire un outil destiné à nourrir une population. Elle fait des ravages sur l’environnement et la biodiversité. Elle détruit les communautés entières et favorise le travail forcé.

Pourquoi un tel silence ?

Pourquoi l’accord avec la Malaisie suscite-t-il si peu de débat?
Parce qu’il ne menace directement aucun secteur suisse fortement médiatisé.
Parce qu’il est présenté comme un accord technique.
Parce qu’il est censé favoriser les exportations, ce qui suffit souvent à le rendre politiquement acceptable.

Et pourtant, ces accords ne sont pas neutres.
Ils favorisent une économie de plus en plus ouverte, dans laquelle les échanges internationaux deviennent une priorité politique permanente.

À chaque nouveau traité, les États renoncent à une partie de leur capacité à orienter librement leur politique économique, industrielle ou agricole, au profit de règles communes destinées à fluidifier le commerce.
Ce choix est parfaitement assumé par les défenseurs du libre-échange.

À La Vrille, nous défendons une autre vision.
Nous pensons que le commerce doit rester un outil au service des peuples, et non devenir une finalité politique. Lorsqu’un accord conduit un pays à adapter son agriculture aux marchés mondiaux plutôt qu’aux besoins de sa population, lorsqu’il limite progressivement la capacité des États à privilégier leurs producteurs locaux ou lorsqu’il renforce avant tout les intérêts des économies déjà les plus puissantes, il faut s’y opposer.

Le véritable enjeu n’est pas la Malaisie.
Le véritable enjeu est la multiplication de ces accords.
Pris séparément, ils paraissent anodins.
Ensemble, ils dessinent un modèle de mondialisation dans lequel la logique commerciale prend progressivement le pas sur la souveraineté des États, sur leur capacité de défendre le bien commun.

Signez et faites signer le référendum!

Liens:

Arguments contre l’accord de libre-échange avec la Malaisie – coalition référendaire 2026
Une alliance lance un référendum contre l’accord de libre-échange avec la Malaisie – communiqué Alliance Sud 02.07.2026
Accord de libre-échange avec la Malaisie : la Suisse met en péril les droits à la santé et à l’alimentation – Public Eye 06.06.2025